la place de l'Hôtel de Ville de Bourg-en-Bresse en 1914

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Septembre 1914

Mercredi 2 septembre - Premier de cordée

Il était cinq heures cet après-midi quand le Maire se leva solennellement et prit la parole devant une vingtaine de conseillers. C’est un bien triste honneur qui nous est fait, honorer la mémoire du premier parlementaire tombé pour la France au combat.
Georges Loiseau fit un bel éloge à Pierre Goujon, à la mesure de la grandeur de celui qui choisit de servir sa patrie au milieu de ses hommes dont il restera à jamais le plus digne des représentants. Il évoqua le drame personnel qui le toucha un an plus tôt, quand son épouse le quitta prématurément, ce nouveau deuil d’un ami cher ne faisant qu’attiser sa peine. Serviteur de la France immortelle, il incarnait toutes les qualités de notre race chevaleresque, lui qui fut si droit, loyal, bon et généreux. Rapporteur à la Chambre des députés de la loi sur l’allongement d’un an du service militaire, il n’a eu de cesse de nous mettre en garde contre les périls de la guerre, l’histoire lui donna malheureusement raison. Son intime conviction faillit lui faire perdre son siège aux élections de son dernier printemps. Il n’était pas homme à fuir ses responsabilités, sitôt son devoir de parlementaire accompli, il partit rejoindre ses braves Bressans dans la 24e compagnie du 6e bataillon du 223° RI, notre régiment des réservistes. A Méhoncourt en Lorraine, le drame se dénoua le 25 août. Le colonel Brouet tomba le premier, frappé d’une balle en pleine poitrine. A la tête de sa section en position derrière un frêle abri de terre, Pierre Goujon fut touché au bras, il releva courageusement la tête et succomba d’une troisième balle mortelle. Pour perpétuer son souvenir, la place des Quinconces portera désormais son nom.
A l’issue d’une suspension de séance, durant laquelle le silence était lourd et l’émotion palpable, nous décidâmes d’octroyer aux femmes des employés municipaux mobilisés les deux-tiers des appointements de leur époux, le troisième tiers sera conservé pour leur être restituer à leur retour. Malgré la douleur et les privations, la guerre continue. Puissions-nous consentir de si grands sacrifices pour la victoire finale.

Stanislas

Dimanche 6 septembre - Pire que la blessure de guerre, l’infection

Nous avons eu l’arrivée d’un nouveau train de blessé ce début de mois, les plus atteints ont été dirigés à l’Hôtel-Dieu. Ceux qui lisent les journaux ne savent pas toujours ce qu’ils racontent. Un homme pourrait repartir valide au bout de quelques jours après qu’une balle lui eut transpercé les poumons ! Les éclats d’obus feraient des blessures plus sérieuses mais les obus allemands éclateraient mal et en l’air le plus souvent … Il faut bien rassurer la population, chaque convoi de blessés est un spectacle de désolation ! J’ignore le degré de gravité que peut occasionner une arme sur un organe, ce diagnostic est de la compétence d’un médecin ou d’un chirurgien. Je vois simplement l’état dans lequel de pauvres bougres parviennent jusqu’à nous. Une superficielle plaie en séton a tôt fait de dégénérer en infection. L’hygiène n’est d’évidence pas le souci quotidien de nos combattants et il semble bien long le transport jusqu’aux hôpitaux. La chaleur de l’été en fait des proies offertes aux mouches, moustiques et punaises, grands propagateurs de la fièvre typhoïde et de la dysenterie. L’hygiène et la désinfection deviennent ainsi nos combats quotidiens, nous mettons chaque jour à bouillir les draps et le linge des malades. Et nous les soignons en veillant sur eux jour et nuit. L’un a des plaies purulentes qu’il nous faut nettoyer incessamment. Un autre délire fréquemment, il voit des oiseaux bleus voleter au plafond. Dès qu’il s’apaise, il appelle sa mère, je m’assieds près de lui et le console par de douces paroles.
Que Dieu soulage leurs souffrances.

Sœur Anne

Mercredi 9 septembre - Deuils d’une nation

Je pense à « L’expiation » de Victor Hugo dans la morne plaine de Waterloo. « Est-ce le châtiment cette fois, Dieu sévère ? ». Figures lumineuses d’une tragédie grecque, tous deux s’alarmaient dans ces jours d’incertitude qui précédèrent la chute de l’Europe dans le chaos. Sont-ils morts d’avoir eu raison ?

Jean Jaurès, lâchement assassiné le 31 juillet. Plus que la tragique disparition d’un homme, une voix s’est éteinte, la seule capable de préserver un mince espoir de paix. Eut-il pu empêcher l’embrasement de l’Europe ? Nul ne le saura jamais, mais je doute malheureusement qu’un seul être aurait pu se lever contre les velléités belliqueuses de si puissantes têtes couronnées.

Le 25 août à Méhoncourt, ce fut au tour de Paul Truchon, mon cher ami et éminent collègue, socialiste et patriote. Attaché à l’avènement d’un monde meilleur, ce pacifiste a répondu à l’appel à mobilisation pour défendre notre terre de progrès humain contre un envahisseur bafouant les piliers de notre civilisation.

Personne ne semble échapper aux funestes nouvelles. J’apprends ce matin le décès du fils d’un autre ami, directeur de l’école des Graves. Marcel Merle était soldat au 133e RI de Belley, je me souviens de sa haute taille et de ses grandes oreilles, il aurait du bientôt célébrer ses 22 ans. Sergent dans le même régiment, son frère aîné a été épargné, blessé d’une simple fracture au bras. J’espère que la Nation rendra l’hommage qu’il se doit à ces héritiers de l’Armée de l’an II et des Grognards du soleil d’Austerlitz ! Foule anonyme de bien jeunes garçons ignorant peut-être le souffle des tendres étreintes avant de haleter dans de féroces corps à corps. Je fonde l’espoir que cette génération ne connaisse pas que son dernier soupir.

Touché par une incommensurable affliction, je songe alors à ce vers de Corneille. « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ».

Hippolyte

Dimanche 13 septembre - Le journal des opérations de la bataille de la Marne

L’incendie du mois ? Une broutille, pas de quoi sortir la grande échelle de seize mètres, achetée en 1904 à un constructeur-mécanicien de Nancy. Il occasionna à peine une petite frayeur à Bel-Air, disons-plutôt une aimable distraction pour les veuves et les rentiers désœuvrés du quartier. Chemin des Sourds-Muets, M. Thollet avait entrepris d’entretenir son automobile lorsqu’elle prit soudainement feu, avec une telle force qu’il ne resta vite de sa belle auto qu’une carcasse calcinée. Par chance, le réservoir d’essence ne s’est pas enflammé. Quant au propriétaire, homme prévoyant en sa qualité de clerc de notaire, il était fort bien assuré.

Mais c’est bien vers le Nord de Paris que tous nos regards se sont tournés, chacun suivant, au jour le jour et avec anxiété, des nouvelles de nos armées au fil des communiqués officiels. Nous avons bien compris début septembre que personne ne s’est fait des politesses autour du canal de l’Ourcq. A partir du 8, la grande bataille est engagée, violents combats en Champagne, nos troupes progressent péniblement. Pas besoin de lire dans le marc de café pour piger que nos gars ont du méchamment trinquer ! Mais ça a l’air de bien se passer dans les Vosges et on a pris deux drapeaux à l’ennemi. Le 11, l’espoir renaît quand Français et Anglais reprennent l’offensive, les Allemands battent en retraite dès le lendemain après Compiègne et Soissons. Notre armée est victorieuse ce matin, la Marne est franchie, Lunéville réoccupée. Le gouvernement pourra refaire ses valises pour la capitale et le généralissime Joffre doit se friser la moustache, il s’en est fallu de peu que le Kaiser ne la lui coupa !

Le journal écrit que les pertes ont été considérables, c’est rien de le dire. J’ai beaucoup de sapeurs qui sont partis, pas moyen de savoir s’ils y étaient. Ils ont beau avoir l’habitude du feu, mais cette fois-ci…

Anthelme

Mercredi 16 septembre - Sale temps !

En voilà de drôles de manière, déclarer la guerre pendant les moissons, faut croire que les Prussiens n’ont point de paysans ! Déjà que le temps ne nous a pas gâté et qu’on a manqué de bras, les plus gaillards ont taillé la route en pleine moisson. Les Anciens ont beau dire que ça ne dure jamais bien longtemps ces mauvaises plaisanteries, mon bonhomme a fait comme les autres bons patriotes, il a filé du jour au lendemain, c’est tout juste si j’ai eu le temps de lui glisser quelques fromages bien faits dans sa besace.

Y’a deux jours, il m’a envoyé une carte, je sais qu’il est en bonne santé et n’a pas l’air de se faire du mauvais sang, ce n’est pas rien, le fils d’un voisin est blessé et on attend de voir pour d’autres dont on est sans nouvelles. Il m’a aussi écrit qu’il n’avait pas eu l’occasion de tirer un seul coup de feu, il a pourtant un bon coup de fusil mon Léon, chasser le lièvre, ça lui connaît, et à mon avis, l’Allemand doit courir bien moins vite et tout droit !

Me voilà forcé de faire sans lui. J’ai demandé au Maurice de sarcler pour nous débarrasser des mauvaises herbes puis d’arracher les pommes de terre, mais à deux francs la journée, les sous poussent plus lentement que les choux ! Heureusement que le cousin est bien serviable, il a criblé le blé, ça servira pour les prochaines semences. Il est allé à la foire de ce matin et m’a dit que les cours des bœufs et des veaux se sont bien tenus mais les porcs, petits ou gras, sont partis à petits prix.

Guerre ou pas guerre, ça cause des tracas, faut quand même garder les bonnes habitudes et je jette toujours un œil aux chroniques bressanes. La mère d’un cafetier de la rue Gabriel Vicaire a été retrouvée pendue à une poutre du grenier de son fils avec qui elle vivait. La malheureuse s’est suicidée, elle souffrait de maladie et ses ennuis de famille n’ont rien du arranger. Même les nouvelles d’ici ne sont pas gaies.

Yolande

Samedi 19 septembre - Bidoche et bedon en compote

Voilà plusieurs jours qu’on creuse les tranchées avec la pluie sur le dos qui tombe à verse, la terre est encore plus lourde à soulever. Le canon tonne toujours, du côté de Nancy, ici ça s’est calmé, on en a eu bien assez depuis que nous sommes arrivés. On a su pour la grande retraite des Allemands au Nord de Paris, ici aussi ça a bardé, le calme revenu après la tempête, notre division a fait ses comptes, sur 12 000 fusils, il n’en reste que 5 600. Mon régiment a perdu son commandant le 25 août, un nouveau colonel est donc arrivé le 4 septembre de l’état-major et son baptême du feu n’a pas trainé : visite des avant-postes en fin d’après-midi, attaque surprise des Alboches dans la soirée sur le village de Réhainviller et c’est mon bataillon qui s’est retrouvé en première ligne alors que nous commencions tout juste à roupiller. Ordre donné de vite leur reprendre le village. On y est donc allés, dans le brouillard du petit jour, mais il s’est soudainement levé vers 6h30 et nous nous sommes faits méchamment canarder, la fusillade est partie des lisières du village, pas moyen de traverser la route, les survivants ont reflué dans la Tuilerie où les 19ème et 20ème compagnie étaient restés en point d’appui. Comme un coq à qui on a coupé la tête, le chef de bataillon Juillet s’est mis à courir dans tous les sens pour mettre les hommes à l’abri et il se l’est fait trouer ! Nous n’avions presque plus d’officiers, faut dire que le régiment avait reçu l’avant-veille le renfort de 500 hommes du dépôt de Bourg, les petits bleus ne savaient pas où se planquer, alors le colonel est arrivé, il les a pris un par un pour les poster derrière un petit mur et les faire tirer. Puis il a envoyé une section traverser la route, elle a été entièrement fauchée par des mitrailleuses cachées dans les vergers et aux fenêtres des maisons. Encore deux lieutenants tués et les canons allemands s’y sont mis aussi, tir de riposte de notre artillerie, trop court, les explosifs sont tombés tout près de la Tuilerie, c’est alors que le colonel a organisé le repli par petites colonnes. Vers 10 heures, les restes du régiment étaient à l’abri dans les tranchées de Mortagne, à l’heure de l’appel, manqueront 200 blessés et 70 hommes tués ou disparus. On a bu la soupe, pas cuite, c’était toujours mieux que la semaine de fin août au régime eau et pain sec. Nous avons pu ensuite faire un bon frichti avec du lapin, du lard et des pommes de terre, mais on a beau m’avoir donné une pilule d’opium, j’ai toujours la panse en vrac avec une bonne diarrhée.

Célestin

Mardi 22 septembre - Des lettres et du lait pour les enfants

Mes deux garçons vont bien. Louis a adressé une jolie carte à sa petite Zéphirine, il l’embrasse tendrement, lui dit qu’il est bien content de son dessin et l’encourage à apprendre d’autres jolies fables. Son frère cadet, Eugène, m’a écrit directement. Il m’a semblé très marqué par ses combats du mois d’août en Alsace. Tout le monde se sauvait, la route était jonchée de sacs et de musettes, de souliers et d’outils, les obus tombaient dru sur les soldats qui peinaient à avancer. Il n’hésite pas à dire que la faute en incombe au général Bonnot, prestement mis en disgrâce, ce qui constitue une imparable démonstration par la preuve. Il y a perdu de nombreux camarades et me demande de ne pas m’inquiéter, convaincu qu’ayant survécu à ce terrible engagement, rien de pire ne pourra lui arriver … j’en frémis à cette seule évocation … Il me demande de lui envoyer des coupures de journaux pour se tenir au courant de ce qui se passe à l’intérieur. Il en est ainsi, nous guettons ici la moindre information sur la situation militaire, eux s’imaginent que nous en savons davantage. Je crois que tout le monde a besoin de se remonter le moral.

Je continue à beaucoup m’occuper pour m’éviter de trop penser. Pour les familles nécessiteuses et les évacuées de l’Est, la ville donne un litre de lait pasteurisé par jour et par enfant de moins de quatre ans. Elles ont pu s’inscrire au bureau de l’Assistance jusqu’à vendredi dernier et la distribution a pu commencer hier entre cinq à six heures du soir avec le concours de quelques volontaires. Je me rends donc au dépôt installé dans l’Hôtel du Parc, situé à l’angle du faubourg de Lyon et de l’avenue de la Gare, il est le plus proche de mon domicile. Afin de desservir tous les quartiers, il en existe quatre autres, place de l’Hôtel de Ville, rue Charles Robin, rue de la République et à l’Hospice de la Charité. Si le Maire a vainement tenté d’obtenir la gratuité du transport ferroviaire depuis Saint-Paul-de-Varax, la Société Ebrard s’est offerte de prendre intégralement à sa charge l’achat des quatre cents litres de lait quotidien. Nous en sommes fort aises, cette bonne œuvre soulagera les caisses de la ville d’une dépense de 12 000 francs et les jeunes enfants ne pâtiront pas des rigueurs d’une guerre qui occasionne bien assez de malheurs.

Philomène

Vendredi 25 septembre - La fureur du taureau

L’histoire se répète à l’envi, comme un symbole de l’héroïsme de nos combattants pendant la bataille de la Marne. Je la recopie telle que la racontent les journaux, elle le mérite, assurément ! « Lorsqu’on annonça l’ennemi, les paysans ouvrirent toutes grandes les portes des étables pour que les bêtes puissent ainsi s’égailler dans les environs. Parmi elles, se trouvait un taureau qui sortit dans la rue, flaira, tendit les jarrets et attendit, anxieux. A ce moment le canon commença à se faire entendre. La bête alors fonça et sortit du village. Sur un tertre une compagnie allemande venait de prendre place. Le taureau pénétra au milieu des hommes, les cornes en avant, fou de rage. Il fit vite : comme des quilles, les Allemands à peine remis de leur stupeur tombaient. Une première décharge arrêta un instant la fureur du taureau, mais il n’était pas frappé à mort et il recommença à frapper à droite et à gauche, à coups de corne. Enfin, les balles en eurent raison. Il s’étendit, la besogne terminée. Il avait tué dix-huit Allemands ». S’il se monte une souscription pour lui ériger une stèle commémorative, je paierai bien volontiers mon écot !

Peydière possédait le courage d’un taureau, ce brave lieutenant auvergnat a reçu la semaine passée un dernier hommage digne de sa race. Une foule énorme a suivi ses obsèques et une compagnie du 23° de ligne lui a rendu les honneurs militaires auxquels assistèrent notamment le Maire et le secrétaire général de Préfecture. Je me dois d’indiquer que l’homme descend d’une belle lignée, fils d’une Teyras de Grandval, une noble allure illuminée de grands yeux bleus. Il était le gendre du défunt général Logerot, Grand-croix de la Légion d’honneur et ministre de la Guerre du temps du boulangisme. Son épouse éplorée aura perdu son père et son mari en moins de deux ans. Au hasard des conversations de son cortège funèbre, j’en ai su plus sur les circonstances de sa mort. C’était le 2 septembre, les 1er et 3ème Bataillon sont montés au col de Mandray où il s’est mis à tomber des grosses marmites sur sa section de la 12e compagnie. Il a été atteint par un éclat d’obus en bas du dos, sale blessure, il est décédé le lendemain pendant son transport à l’hôpital d’évacuation de Gérardmer. Il se dit qu’il aurait mieux fait de se jeter à terre, s’il n’était pas resté adossé à un arbre, il serait encore des nôtres.

Honoré

Lundi 28 septembre - Un des plus grands crimes de l’histoire

J’ai dépêché Clarisse en ville pour me faire quelques emplettes, elle en est revenue bien ennuyée. Elle a voulu en profiter pour porter du linge à la teinturerie de la rue Alphonse Baudin et a trouvé portes closes. Des passants lui ont alors expliqué que Steurer-Noblet a du fermer cette succursale, la teinture et le nettoyage ne se feront donc qu’à la maison-mère de la rue Neuve, et ce jusqu'à la fin de la guerre. La boucherie Desangle est aussi contrainte de débiter elle-même ses abats, son tripier a été mobilisé. On se veut en revanche rassurant chez Radior dans l’établissement de l’avenue de la Gare, si M. Chapolard sert comme lieutenant au 11e régiment d’artillerie territoriale de Lyon, ce ne devrait nullement affecter son activité. Il va sans dire que les préjudices sont bien plus importants dans d’autres affaires, la Chambre de Commerce a appelé à signaler tout transport de marchandises sur des bateaux allemands ou austro-hongrois. Mon regretté époux en eut été fort marri, lui qui sut su bien développer son négoce au-delà de nos frontières. Il n’y aurait ces temps que le cordonnier du régiment qui cherche des ouvriers.

Mais ce sont là de bien menus soucis. En feuilletant L’Illustration de cette semaine, j’ai vu avec effroi des photographies de la cathédrale Notre-Dame de Reims martyrisée par la barbarie allemande. Ils n’ont eu de cesse de la bombarder alors que des drapeaux de la Croix Rouge ornaient chacune de ses tours et que des prisonniers blessés étaient installés dans la nef pour y être soignés. Quel mort atroce pour ceux qui furent tués par les leurs, le gigantesque incendie a fait fondre le plomb des toitures puis enflammé la paille sur laquelle ils se reposaient ! Comme le signe d’un imminent châtiment divin contre ses Vandales et ses Huns, une autre fumée avait flotté quelques jours plus tôt sur le dôme du Vatican. Habemus Papam, Giacomo marquis Della Chiesa, à l’issue de la journée de Conclave provoquée par la triste disparition de Sa Sainteté Pie X. L’Illustration écrit que le premier acte pontifical de Benoît XV a été de publier une encyclique contre les horreurs de la guerre, née d’ambitions coupables, qui met actuellement l’Europe à feu et à sang.

Marie-Louise

Mercredi 30 septembre - Au Sud, rien de nouveau

Pas la peine de se casser la binette à lorgner en direction de Péronnas pour voir passer les trains. L’état-major a jugé bon d’expédier troupes et ravitaillements pour l’armée de l’Est en passant par les bords de Saône et Dijon. La ligne Besançon-Ambérieu-Lyon ne sert plus qu’à la descente des convois de matériels et de blessés. C’est que j’en ai vu passer par ici, y’a ceux qui viennent et les autres qui passent en coup de vent. Rien de bien folichon, la gaieté des badauds de juillet et le bel élan des troupes d’août ne sont que de bons vieux souvenirs.

Il y a les blessés, plus ou moins décatis. La plupart d’entre eux filent dans les hôpitaux du Midi, quelques uns restent à quai.

Puis les prisonniers de guerre allemands, j’en ai entendu un causer, un capitaine-major bavarois qui avait reçu un éclat d’obus dans le genou. Il disait que les Français sont de bien piètres tireurs au fusil, mais notre canon de 75 a fait du grabuge dans son régiment. Monsieur s’est plaint de n’être encadré que par des territoriaux, un sous-officier serait plus digne de son rang. V’la autre chose, il croit p'tet qu’on lui a mis la main au collier pour qu’il se pavane en ville et boive des bières à l’œil !

On a aussi eu un convoi d’aliénés. Il a bien fallu évacuer les asiles de la Seine trop proches des forts de Paris. Avant de se faire canarder, ils ont mis tous les fous dans un train et maintenant y’en a cent cinquante de plus qui se cognent la tête contre les murs de la Madeleine !

Un matin, c’était au tour des émigrés et mobilisables italiens qui rentraient chez eux, ceux de chez nous les ont rejoints. On a distribué des rations de lait aux femmes et aux enfants. Heureusement qu’a été nommé un commissaire spécial de la gare. Paoli interroge et surveille tous les étrangers de passage, gare aux suspects, ils finissent aussi sec en garde à vue. Avant la mi-septembre, il a cueilli un manœuvre d’une trentaine d’années qui était venu se planquer à Bourg début août. Celui-là, je te l’enverrai vite fait au front, sans son Lebel et sa Rosalie, rien qu’une fourchette et un couteau, il aura ben le temps de repenser à sa trahison, le poltron !
Antonin

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