Acquis par la Ville en décembre 2023, le parc des Lumières de notre temps s’étend sur 2 548 m² à l’angle du boulevard Voltaire et de la rue de la Vinaigrerie. Cet espace vert rend hommage, avec des pupitres pédagogiques dotés de QR code, à quinze femmes et hommes qui ont fait avancer les droits fondamentaux et marqué l’histoire des XXe et XXIe siècles.
Liste des Lumières
- Germaine TILLION – 1907-2008
- Federica MONTSENY – 1905-1994
- Wangari MUTA MAATHAI – 1940-2011
- Mahsa Jîna AMINI – 1999-2022
- Sirimavo BANDARANAIKE – 1916-2000
- Anna POLITKOVSKAÏA – 1958-2006
- Hannah ARENDT – 1906-1975
- Ambroise CROIZAT – 1901-1951
- Desmond TUTU – 1931-2021
- Raphael LEMKIN – 1900-1959
- Jacques ELLUL – 1912-1994
- Mohandas Karamchand GANDHI – 1869-1948
- Hélder CÂMARA – 1909-1999
- Robert CAPA – 1913-1954
- Yasser ARAFAT – 1929-2004 & Yitzhak RABIN – 1922-1995
Germaine TILLION – 1907-2008
Anthropologue passionnée, Germaine Tillion étudie dès les années 1930 les sociétés berbères de l’Aurès en Algérie avec une approche immersive et respectueuse. Résistante française dès 1940, elle est arrêtée puis déportée à Ravensbrück, où elle documente les horreurs du système concentrationnaire. Après la guerre, elle enquête sur la déportation et publie Ravensbrück. En 1954, elle retourne en Algérie, lutte contre la misère en créant les centres sociaux et s’oppose à la torture durant la guerre d’Algérie. Elle tente une médiation entre le FLN et les autorités françaises. Enseignante à l’EHESS à partir de 1958, elle donne des cours sur l’ethnologie du Maghreb et reste engagée pour les droits humains. Décédée en 2008, cette figure majeure de l’histoire française entre au Panthéon en 2015.
Lumière de la Résistance française
Federica MONTSENY – 1905-1994
Née dans une famille anarchiste catalane, Federica Montseny est imprégnée dès l’enfance d’idéaux libertaires, elle baigne dans le féminisme et l’éducation libre. Écrivaine précoce, elle devient une figure centrale du journal anarchiste La Revista Blanca et milite pour l’émancipation des femmes. Engagée dans la Confédération nationale du travail (CNT) et dans la Fédération anarchiste ibérique (FAI), elle défend un anarchisme humaniste et éthique. En 1936, en pleine guerre civile, elle accepte le poste de ministre de la Santé et des Affaires sociales et devient ainsi la première femme ministre d’Espagne. Son mandat sera marqué par de nombreuses réformes sociales progressistes : protection de l’enfance, soutien aux mères célibataires, création d’hôpitaux... Elle milite aussi pour la légalisation de l’avortement. Exilée en France après la victoire franquiste, elle poursuit son combat par l’écriture. Décédée en 1994, cette pionnière du féminisme social est une figure politique marquante du xxe siècle.
Lumière du droit des femmes à disposer de leur corps
Wangari MUTA MAATHAI – 1940-2011
Née en 1940 au Kenya, Wangari Muta Maathai obtient une bourse pour poursuivre des études de biologie aux États-Unis. De retour au Kenya, elle est la première femme du pays à décrocher un doctorat en anatomie vétérinaire. En 1977, elle fonde le mouvement Green Belt pour lutter contre la déforestation. Elle mobilise des milliers de femmes qui font la promotion d’un développement durable et qui plantent plus de 20 millions d’arbres. Militante écologiste et politique, elle s’oppose à la corruption. Élue député, elle devient ministre en 2002. En 2004, elle reçoit le prix Nobel de la paix, pour son combat en faveur de l’environnement, des droits humains et de la démocratie. C’est la première femme africaine à recevoir une telle distinction. Décédée en 2011, elle laisse un héritage durable.
Prix Nobel de la paix 2004.
Lumière de l’écologie et des droits humains
Mahsa Jîna AMINI – 1999-2022
Jeune femme kurde originaire de Saqqez, Mahsa Jîna Amini est arrêtée le 13 septembre 2022 par la police de la moralité iranienne pour « mauvais port du hijab ». Victime de violences policières, elle décède trois jours plus tard de ses blessures, suscitant une vague de protestations en Iran. Son décès devient le symbole d’une lutte contre la répression, les lois sur le voile et les atteintes aux droits des femmes et des minorités. Le slogan « Femme, Vie, Liberté » fédère les manifestants. Malgré une répression sévère, le mouvement perdure et Mahsa Amini incarne désormais la résistance pour la liberté et la dignité humaine.
Lumière de la lutte pour la liberté des femmes
Sirimavo BANDARANAIKE – 1916-2000
Née à Ceylan dans une famille aristocratique cinghalaise, Sirimavo Bandaranaike reçoit une éducation dans des écoles catholiques élitistes. Elle devient en 1960 la première femme élue démocratiquement à la tête d’un gouvernement. Veuve du Premier ministre S.W.R.D. Bandaranaike qui fut assassiné, elle prend sa relève politique sans expérience préalable. Proche des idées socialistes et nationalistes, elle nationalise des secteurs clés, promeut le bouddhisme et le cinghalais. Elle joue un rôle phare dans l’indépendance du Sri Lanka. En 1972, elle fait ainsi adopter une nouvelle constitution qui transforme Ceylan en République du Sri Lanka, rompant alors les derniers liens avec la Couronne britannique. Figure du Mouvement des non-alignés, elle a défendu la neutralité du Sri Lanka face aux blocs de la guerre froide et promu la coopération Sud-Sud. Elle a gouverné de 1960 à 1965, puis de 1970 à 1977. Elle est revenue brièvement en politique dans les années 1990 aux côtés de sa fille présidente. Symbole du leadership féminin, elle se retire en 2000.
Lumière de la décolonisation
Anna POLITKOVSKAÏA – 1958-2006
Née en 1958 aux États-Unis de parents soviétiques, Anna Politkovskaïa devient journaliste à Moscou en 1980. Connue pour ses enquêtes sur les conflits en Tchétchénie, elle dénonce les violences de l’armée russe, les abus du régime de Poutine et les exactions de Ramzan Kadyrov, chef des autorités prorusses de Tchétchénie. Collaboratrice de Novaïa Gazeta, elle donne la parole aux victimes et aux sans-voix, ce qui lui vaut une reconnaissance internationale, mais aussi des menaces. Le 7 octobre 2006, elle est assassinée à Moscou. Son meurtre devient un symbole mondial de la répression contre la liberté de la presse en Russie. Son héritage perdure à travers de nombreux prix et hommages.
Lumière de la liberté de la presse
Hannah ARENDT – 1906-1975
Née en 1906 à Hanovre dans une famille juive laïque, Hannah Arendt étudie la philosophie auprès des trois grands maîtres de la pensée allemande : Husserl, Jaspers et Heidegger. Brièvement arrêtée par la Gestapo en 1933, elle s’exile en France, puis s’installe aux États-Unis en 1941. Devenue citoyenne américaine en 1951, cette théoricienne politique analyse les régimes totalitaires dans Les Origines du totalitarisme.
En 1963, elle couvre pour The New Yorker le procès du criminel de guerre nazi Adolf Eichmann, organisateur de la « solution finale », de l’extermination des juifs d’Europe. Elle publie alors l’essai Eichmann à Jérusalem, où elle développe la notion de « banalité du mal », qui ne signifie pas que le mal est banal, mais qu’il peut être commis banalement, de façon médiocre, par obéissance et absence de pensée autonome.
Enseignante dans de grandes universités, elle est la première femme à enseigner à Princeton en 1959. Elle meurt en 1975 à New York.
Lumière de la philosophie politique
Ambroise CROIZAT – 1901-1951
Né en 1901 dans un milieu ouvrier, Ambroise Croizat devient ajusteur-outilleur à 13 ans. Militant socialiste dès 1917, il entre au parti communiste lors de sa fondation. Engagé syndicalement à la CGT, il est élu député en 1936. Déchu de son mandat, il reste emprisonné jusqu’en février 1943. Libéré par l’avance des alliés, il prend part à la lutte clandestine contre l’ennemi et contre le gouvernement de Vichy. En octobre 1944, sa déchéance est annulée.
Après la Libération, il est élu député en octobre 1945 de la première Assemblée constituante et retrouve son siège aux élections de juin 1946. Il est nommé ministre du Travail et de la Sécurité sociale dans le gouvernement provisoire du général de Gaulle et dans les gouvernements suivants jusqu’en 1947.
Ministre, il joue un rôle central dans la création de la Sécurité sociale française, instaurant assurance maladie, retraites, allocations familiales et comités d’entreprise. Défenseur du modèle social issu du Conseil national de la Résistance, il meurt en 1951, salué comme l’un des bâtisseurs de la solidarité nationale.
Lumière du système de Sécurité sociale français
Desmond TUTU – 1931-2021
Né en 1931 à Klerksdorp en Afrique du Sud, issu d’une famille modeste, Desmond Tutu devient instituteur puis prêtre anglican en 1961. Figure religieuse influente, il s’oppose fermement à l’apartheid par une résistance non violente. Son action pour une Afrique du Sud libre et égalitaire est internationalement reconnue. En 1984, il reçoit le prix Nobel de la paix.
Premier archevêque noir du Cap en 1986, il incarne la lutte pour l’égalité. En 1994, Nelson Mandela, président de la République d’Afrique du Sud, le nomme président de la Commission de la vérité et de la réconciliation, où il prône le pardon et la justice restaurative, plutôt que punitive. Défenseur des droits humains, il prend des positions fortes : contre la guerre en Irak, pour les droits des personnes LGBTQ+... Décédé en 2021, il laisse un héritage universel.
Lumière de la lutte contre l’apartheid
Raphael LEMKIN – 1900-1959
Né en 1900 dans l’Empire russe, Raphael Lemkin étudie le droit à Lviv (alors en Pologne) puis à Heidelberg (Allemagne). Il s’intéresse aux crimes de masse, notamment au massacre des Arméniens par l’Empire ottoman en 1915. Procureur à Varsovie, il contribue, dès 1933, aux travaux de la Société des Nations pour développer un droit international humanitaire et travaille à la rédaction d’une loi internationale pour sanctionner la destruction de groupes religieux, ethniques, nationaux.
Réfugié aux États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale, il enseigne à l’université Duke, puis travaille en tant que conseiller pour le gouvernement américain. En 1944, il publie Axis Rule in Occupied Europe, où il introduit pour la première fois le terme « génocide ». Il définit ce crime comme l’extermination intentionnelle d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux. Grâce à son combat, l’ONU adopte en 1948 la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. Le génocide devient ainsi un crime universel et imprescriptible. Lemkin est aujourd’hui reconnu comme un pionnier du droit international.
Lumière du droit international
Jacques ELLUL – 1912-1994
Juriste, sociologue et philosophe engagé, Jacques Ellul est né en 1912 à Bordeaux. Résistant durant la Seconde Guerre mondiale, il aide des Juifs à fuir la déportation. Professeur à la faculté de droit de Bordeaux, il enseigne le droit, l’histoire des institutions et la sociologie jusqu’en 1980.
Jacques Ellul est surtout connu comme penseur de la technique et de l’aliénation. Dans son ouvrage clé La Technique ou l’Enjeu du siècle, publié en 1954, il analyse l’impact de la technique sur la société, met en lumière les dangers d’une technique qui échappe à tout et ses effets destructeurs sur l’environnement et la société. Précurseur de l’écologie politique, il appelle à une responsabilité éthique, critique la déshumanisation moderne et refuse tout engagement partisan. Chrétien convaincu, il défend une foi libre face aux pressions culturelles. Décédée en 1994, cette figure majeure de la pensée critique contemporaine a été reconnue, en 2001, comme Juste parmi les nations* pour avoir sauvé des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.
Lumière de la pensée critique et de l’écologie
* Le titre de Juste parmi les nations est décerné par Yad Vashem, l’institut officiel israélien pour la mémoire de la Shoah, à des personnes non juives qui ont risqué leur vie pour sauver des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, sans attendre de récompense.
Mohandas Karamchand GANDHI – 1869-1948
Né dans une famille hindoue de la caste des marchands, Mohandas Gandhi étudie le droit à Londres et devient avocat. Installé en Afrique du Sud, il défend les immigrés contre la ségrégation et développe le Satyägraha, résistance passive, fondée sur la non-violence et la vérité.
De retour en Inde en 1915, il est le leader du mouvement pour l’indépendance et recourt au jeûne et au boycott comme moyens de pression sur les autorités coloniales. Il mobilise les Indiens dans la désobéissance civile, notamment lors de la Marche du sel en 1930 visant à arracher l’indépendance de l’Inde aux Britanniques... Opposé à la discrimination des Intouchables*, il se retire de la scène politique en 1934, puis revient pendant la Seconde Guerre mondiale avec le mouvement Quit India. En 1947, l’Union indienne et le Pakistan accèdent séparément à l’indépendance. Gandhi le vit comme un échec personnel, mais cette posture est peu comprise de ses compatriotes. En janvier 1948, il est assassiné par un extrémiste hindou l’accusant d’être trop conciliant envers les musulmans. Défenseur de la paix, de la tolérance et de l’unité, Gandhi a inspiré les luttes de Martin Luther King Jr. et de Nelson Mandela.
Lumière de la résistance pacifique
* Les Dalits, encore appelés Intouchables sont les membres les plus marginalisés en Inde. Historiquement exclus des castes, considérés comme impures ou indignes, ils étaient victimes de discriminations sociales, religieuses et professionnelles.
Hélder CÂMARA – 1909-1999
Dom Hélder Câmara, né en 1909 à Fortaleza, est ordonné prêtre en 1931 et nommés évêque en 1952. Archevêque catholique d’Olinda et Recife dès 1964, il choisit de vivre parmi les pauvres et devient une figure majeure de la théologie de la libération. Fondateur de la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB), il contribue à définir « l’option préférentielle pour les pauvres », un des principes fondamentaux de la théologie de la libération. Opposé à la dictature militaire brésilienne, il dénonce la répression, les violations des droits humains et des injustices sociales. Surnommé « l’évêque rouge », il prend des positions qui lui valent d’être mis de côté de l’épiscopat brésilien.
Inspiré par Gandhi et par Martin Luther King, cet ardent défenseur de la non-violence a élaboré, en étroite collaboration avec le mouvement Action Justice et Paix, une action religieuse axée sur l’aide aux pauvres et la justice sociale.
Écarté de l’archevêché en 1985, il continue à défendre des causes sociales et spirituelles jusqu’à sa mort en 1999. Fin juillet 2013, son procès en béatification s’est ouvert, le dossier est désormais aux mains de la Congrégation de la Cause des saints. Considéré par l'Église catholique comme « serviteur de Dieu », Hélder Câmara est un symbole de justice sociale.
Lumière de la justice sociale
Robert CAPA – 1913-1954
Robert Capa, de son vrai nom Endre Ernő Friedmann, est né en 1913 à Budapest. Il a fui le nazisme en 1933 et s’est installé à Paris, où il a adopté son célèbre pseudonyme : Robert Capa. Photographe de guerre engagé, il couvre les grands conflits du xxe siècle : guerre civile espagnole, Seconde Guerre mondiale, guerre d’Indochine et conflit israélo-arabe. Ses clichés illustrent la brutalité des combats et l’humanité des soldats. Sa photo « Mort d’un soldat républicain » a marqué les esprits et est entrée dans l’histoire du photoreportage. Seul photographe présent lors du débarquement allié en Normandie sur la plage à Omaha Beach le 6 juin 1944, il immortalise la guerre au plus près. En plaçant son objectif au cœur de l’action, Robert Capa a révolutionné le photojournalisme en capturant les conflits avec une forte intensité humaine.
Cofondateur de l’agence Magnum Photos en 1947, il a fait de la photographie un outil majeur de témoignage dans la presse moderne et a défendu les droits des photographes. Il meurt en 1954 au Vietnam, tué par l’explosion d’une mine. Son œuvre, empreinte d’humanité et de vérité, reste une référence du photojournalisme.
Lumière du photojournalisme
Yasser ARAFAT – 1929-2004 & Yitzhak RABIN – 1922-1995
Ensemble, ils ont signé en 1993 les accords d’Oslo, qui ont posé les bases d’un processus de paix israélo-palestinien : en établissant une reconnaissance mutuelle entre Israël et l’OLP et en proposant une autonomie palestinienne temporaire en Cisjordanie et à Gaza. Ces accords ont été un espoir, pour l’ensemble de la planète, de voir ce conflit entre Juifs et Arabes enfin résolu. En 1994, Yasser Arafat, Yitzhak Rabin et Shimon Peres, ministre des Affaires étrangères du gouvernement Rabin, ont reçu ensemble le prix Nobel de la paix. Malgré l’assassinat d’Yitzhak Rabin en 1995 et l’échec du processus après 2000, Oslo reste un symbole fort de dialogue et de compromis dans le conflit israélo-palestinien.
Prix Nobel de la paix avec Shimon Peres.
Lumières de la résolution pacifique des conflits